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Soixante-quatre ans et un mois de gratuité… Le 7 octobre 2016, le conseil municipal de Lille mettait fin à une longue tradition locale en rendant payant le parc zoologique qui était gratuit depuis son ouverture, en 1953. A partir de mai 2017, seuls les habitants de Lille et de ses communes associées (Lomme et Hellemmes) continueront à en profiter sans verser un euro. Et les autres ? Il leur reste tout juste un mois pour aller admirer les espèces qui y sont “exposées” sans bourse délier. Passé ce délai, ils devront verser 4 euros par adulte et 2 euros par enfant de plus de 4 ans pour pénétrer dans le premier site touristique des Hauts-de-France, qui draine chaque année entre 850 000 et un million de visiteurs.

Pourquoi une telle différence de traitement ? Tout simplement parce que le zoo coûte cher : 1,5 million d’euros de frais de fonctionnement et 80 000 euros d’investissement par an. Et que la charge pèse uniquement sur le budget de la ville de Lille, alors que ses habitants ne représentent que 20% des visiteurs. Pas étonnant, dès lors, que l’idée d’une entrée payante traîne dans les esprits depuis longtemps. D’autant plus, qu’à la différence d’une autre arlésienne – la remise en eau du Vieux-Lille et ses hypothétiques balades en barque -, ce changement rapportera de l’argent au lieu d’en coûter.

Selon ses estimations, la Ville espère récupérer entre 200 000 et 250 000 euros par an grâce à cette mesure. Pas davantage, serait-on tenté de dire ? Une simple règle de trois permet de penser que si 680 000 visiteurs métropolitains (hors Lillois, Lommois et Hellemmois) déboursent en moyenne 3 euros par entrée, ceci équivaut à près de deux millions d’euros de recettes annuelles. Sauf que la municipalité anticipe une chute sévère de la fréquentation du zoo avec le changement de tarification.

Avec de tels excédents, les 800 000 euros de travaux réalisés en 2017 pourraient être amortis en quatre ans. Une durée assez courte, eu égard à la popularité de ce lieu de vie et de flânerie. Très courte même, comparée aux projets un temps imaginés pour rénover le parc. « À partir de 2009, j’avais travaillé sur un grand plan pour que le zoo devienne un pôle d’attractivité européen, une locomotive culturelle et économique pour la ville et la métropole », témoigne Cyrille Pradal, ancien élu municipal écologiste. Le zoo devait passer de 3 à 12 hectares et serait devenu payant. Mais le coût du projet était tel – 100 millions d’euros à l’époque – que tout fut stoppé net.
Le nouveau zoo sera « vivant, accueillant et engagé », assure Lise Daleux, adjointe EELV chargée du dossier. Il développera aussi « une nouvelle offre de services », en accueillant notamment de nouvelles espèces. Rien à voir, néanmoins, avec le projet pharaonique antérieur. Mais de quoi justifier quand même « la fin « partielle » de la gratuité », indique l’élu.

La mesure n’a pas suscité trop d’émotion dans les rangs de l’opposition municipale. Seul le groupe Lille Bleu Marine s’est opposé au changement tarifaire. « Le zoo a toujours fonctionné ainsi. Ça n’a jamais été une question d’argent, c’est une question de priorité », estime Eric Cattelin-Denu (FN). Et de ressortir l’éternelle question du programme Lille3000 qui coûte trop cher à la Ville : « Il y a la culture qu’aime Martine Aubry et la culture qu’on aime. Le zoo est une sortie populaire, la faire payer me choque. » Élu (PS) à la métropole, Gilles Pargneaux soutient, lui, fermement la mesure : « Il n’y a pas de raison que la Ville de Lille supporte seule le coût du zoo ».

Un équipement métropolitain ?

Si la question financière semble justifier le changement de tarification, elle ne semble pas l’expliquer à elle seule. « Martine Aubry a pris cette décision parce que la MEL n’a pas reconnu le statut métropolitain de l’équipement », avance Pierre Dhénin. Le président de l’association Zooali est convaincu qu’il s’agit de la conséquence d’une « bagarre politique » entre la maire socialiste de Lille et Damien Castelain, qui lui a arraché la présidence de la MEL en 2014. Pas si vite, répond en substance Lise Daleux : « La MEL n’était pas été preneuse dans un premier temps. Et s’il a ensuite été question que le zoo devienne métropolitain, la ville de Lille aurait dû continuer à le financer et on risquait ainsi d’avoir un zoo payant pour tous ». C’est-à-dire y compris pour les Lillois, Hellemmois et Lommois. Plutôt que de « faire basculer le zoo dans le giron de la MEL » et de perdre ainsi la gratuité pour ses habitants, la ville a ainsi préféré le garder dans le sien.

« Certes, cela aurait eu du sens que la MEL reprenne cet équipement, commente le conseiller d’opposition (LR) Thierry Pauchet. Le zoo aurait pu être intégré aux espaces naturels métropolitains, comme le parc Mosaïk ou les Prés du Hem qui sont payants et pédagogiques. » Mais il assure que le dossier « n’a pas soulevé de débat » et que les quelques critiques sur la décision lilloise du passage au payant du zoo relèvent d’un « Martine Aubry bashing ». La droite solidaire du PS ? Cela arrive à Lille, donc…

De leur côté, les élus des autres communes de la métropole n’ont pas paru beaucoup plus choqués. « La ville de Lille gère comme elle veut », considère Bernard Gérard, le maire (LR) de Marcq-en-Baroeul. Tout juste émet-il une suggestion : « Le zoo est une institution lilloise à laquelle chacun est attaché. Il serait bienvenu qu’il y ait des plages horaires gratuites pour tous ». Le maire (LR) de Lambersart, Marc-Philippe Daubresse, a un tout autre point de vue : « Je comprends qu’on fasse payer le zoo, mais je crois qu’il faut une remise à plat générale de ce qui relève de l’intérêt général communautaire, de la ville centre et de chaque ville ». À ses yeux, l’enjeu dépasse la question d’un équipement lillois et touche celui des dotations de solidarité communautaire. Un thème relancé avec la fusion des Weppes, les cinq petites communes qui ont intégré la MEL au 1er janvier 2017. « Sans augmenter les impôts, il faut qu’il y ait péréquation entre les différents acteurs », argumente l’élu. L’ouverture prochaine du zoo de Lille aura peut-être contribué à lancer un beau débat.

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